la fois où j’ai failli être prof parisien

ah ouai j’ai toujours pas raconté, ça. Ou alors si. je sais plus donc tant pis on y va, pasque y’a une pote qui me parlait d’entretien d’embauche ça m’y a fait penser :

En 2017 la france entière -que dis-je le monde !- pensait que j’étais au fond du trou quand j’ai signé mon Dicon chez Lapin, mais on avait encore rien vu.

(ne signez JAMAIS chez lapin. Sous AUCUN prétexte. Je suis sérieux.)

y’a eu la fois où sur une suggestion d’un gars sur facebook (prof là bas ? auteur ? je savais pas,j’ai jamais su) pour postuler pour un poste de prof de je sais plus quelle formule à rallonge genre « édition et imprimassion en autodidactie de publication en limitation de série risographique et photoduplicative monochromiste ».

J’avais trouvé ça déjà bien  bizarre qu’on me voit en prof, vu que j’étais surtout connu pour beugler sur des connards qui voulaient pas me payer entre deux recettes au beurre je voyais pas trop le rapport, et je comprenais rien  à l’intitulé du poste. Con comme une pelle, je pigeais pas que je distillais déjà mes savoirs (mdr) de ci de là à des abrutis sans scrupules qui grattaient des précisions sans arrêt et allaient refourguer mon zine gratos dans le cours d’une école du ministère pour lequel eux étaient payés ou qui allaient gratter leur place à Vice magazine ou qui allaient faire leur thune avec en faisaient raquer leurs propres potes pour des ateliers pourris dans des cuisine parisiennes de 50cm² où ils devaient  rembourser les nouilles du repas.

Paris ça rend con comme des pelles  au point de faire payer les nouilles à tes potes et j’exagère même pas. En plus celle qui faisait ça lisait que la moitié de mon zine -et encore- et fallait que je lui relise tous les mots très simples comme à un élève de CE1 mais en très con,  et elle faisait n’imp sauf qu’elle faisait n’imp en déclarant partout qu’elle avait fait l’école du Louvre pour s’autodécréter experte en linogravure. Je lui avais fait remarqué quelle genre de connasse c’était à me gratter mes trucs de DIY pour faire raquer ses propres potes pour bouffer des nouilles chez elle et elle comprenait pas. Elle trouvait ça tout à fait normal et que j’étais vraiment très très méchant. Apparemment y font tous ça dès qu’ils ont du pognon alors bon faut pas s’étonner qu’on soye autant dans la merde.

Bon. Bien fait pour ma gueule, m’a fait comprendre un énième connard d’artiste parisien qui faisait pareil  en cherchant quand même encore à me gratter autre chose des années plus tard (mon cul. c’est pas compliqué un artiste ou un gourou ou appelez ça comme vous voulez tant que ça a la tête de la taille d’une montgolfière ça cherche un cul, quoiqu’il arrive. Il appelle ça autrement, inspiration, amour, subversion, que sais-je encore parce que le cul, pour eux, ça peut être que dans le chiant. L’artiss y peut pas juste niquer et/ou te sucer le cerveau, nan, faut qu’il te sorte du concept vaseux sur des cartels pour dire qu’il est pas en train de fourrer sa vieille bite dans plus jeune, influençable ou branque du Q ou bien carrément tout ça à la fois.)

Bon lui c’était un très gros morceau il me reste encore en travers, passons,  j’y reviendrai dans 5 ans quand je devrais travailler en urgence pour le privilège luxueux de toucher 2.1 euro d’alloc logement sur un loyer de 476214 euros charges non comprises et que j’aurais que ça pour le procrastiner.

Donc bon prof aux arts décos de Strasbourg. Pour situer pour les non-initiés (veinards), c’est une école plutôt prestigieuse dans ces middeuls. enfin je crois. En tous cas dans les salons du livre tu peux prendre des trucs au crayon de couleur un peu arty poétique et et lâcher « ha oui !! je le-la connais iel était à  Stras »‘ !! » et être à peu près sûr de marquer des points de connoisseurs sans trop prendre de risque. sinon tu te rattrapes aux branches avec un « ha oui au temps pour moi, je confonds avec Brecht Evens ou peut être Gilles Rochier ». Si j’ai bien tout compris, et très probablement que non.

Je sais pas pourquoi j’ai donc envoyé une lettre de motivation et un CV. Une lettre où je racontais que j’aimais pas travailler et que j’aimais pas les profs et que je préfèrerais largement tout cramer. Le CV c’était celui que j’avais envoyé au CNL pour Velue, j’ai juste rajouter une ligne après 2014 ou je sais plus bon bref. Peut être que j’ai changé des mots enfin je sais plus même faire mes conneries c’était trop fatigant à ce moment  là je les faisais plus très bien, le naufrage de la vieillesse était déjà bien entamé.

« hihihi »

C’était mou, j’étais un peu amorphe mais c’est pas ma faute, j’ai des circonstances familiales atténuantes et moyennement inspirantes pour la rigolade. Publiquement du moins.
Ce qui est atroce quand on a mon genre d’humour, c’est qu’on est mega en verve (SI.) dans les circonstances les plus horribles et faut tout retenir. Les gens comprendraient pas, alors tu retiens tu retiens et tu finis par devenir Baladur qui fait du tish à messages pourri comme le mec dans Friends là (celui qui jouait dans Hot Shots ?? hin non ? bon je sais  plus) un jour et t’as rien vu venir et tu et t’as bien  bien l’air con et on se met à faire des livres pour raconter sa vie dont personne a rien à branler et Télérama va raconter que c’est « inspirant » ou bien « l’album de la maturité » ou bien que l’auteur cache sa très grande sensibilité derrière l’humour acide-mais-tendre ou je sais pas quoi encore comme connerie et paf on te colle à côté de D’Ormesson à la médiathèque de Bressuire et ça y est, t’as réussi ta vie.

Bref, mes vannes se cassaient dangereusement la gueule depuis l’âge d’or où j’envoyais des courriers hilarants (absolument.) à Carrouf pour me plaindre du goût altéré des croustis au fromage qui avait goût de petite boule à la tomate avec graphique à l’appui. (le goût tomate parasite en abscisse, mon level de déception en ordonnée). C’est une tradition familiale. On avait déjà l’habitude de faire d’interminables lettres pour nous plaindre que y’avait pas assez de beurre dans les chocolats de noël avec les tatas, j’ai fait que suivre mon éducation.

Rendez nous le RMI qui permettait la création de si belles et grandes choses, ceci est mon plaidoyer !!

J’étais parfaitement en droit de rater mes vannes selon la convention de genève, donc, je disais, et donc j’ai envoyé ma lettre de cul entre deux chaises avec mon CV un peu naze et je suis retourné illico à ma dépression au stylo 0,000002 entre deux messages de 12km d’antifascistes en mousse sur messenger qui me disait que fallait taper sur Machin qui était très certainement antisémite du cul ou de bidule qui m’a tout l’ai de faire de la resucée de l’Action Française de la bite. On sait rigolay dans la politique !!

Bref, j’ai déboulé à Paris genre 6 mois plus tard, dans  une sous-loc où j’ai commencé ma nouvelle vie d’artiste à la Capitale Culturelle comme il se doit : en chialant comme un veau que je savais pas du tout ce que je foutais là, avec Bubu qui braillait tout son saoul pour faire les choeurs.
Je sais plus quand j’ai reçu la lettre pour me convoquer à l’entretien, est-ce que c’était quand j’étais en train de peaufiner mon asthme en balayant l’appart bordelais entre deux planches à se flinguer d’ennui de Attembre, c’est possible. Toujours est-il que j’ai lu la lettre en sans comprendre rien vu que j’avais complètement oublié que j’avais postulé. J’ai emménagé le 1er avril (quel humour), l’entretien c’était le 2 ou le 3. J’étais donc au bout de ma vie, sous alimenté, en dépression sévère, en plein dans un bordel avec des gourous de partout sans le savoir, j’avais ce mec qui me faisait chier ad lib par messenger pour que j’aille attaquer machin ou bidule à sa place et moi je voulais juste faire des conneries drôles, plutôt, qui étaient pour beaucoup dans mon déménagement.

Con, je vous dit : je pensais que venir sur place ça calmerait les envies de guéguerre de ces militants pour plutôt enchainer sur des grosses vannes. Prétentieux ou naïf au point de croire que je pouvais rendre Paris rigolo, quoi. J’ai failli lamentablement à ma mission et je suis en passe de me faire contaminer (je lutte ardemment contre chaque jour qui passe), la preuve que l’entrisme ça marche JAMAIS.  Je suis donc allé à ce rendez vous le ventre vide et sans avoir trop trop dormi encore, j’étais à l’ouest comme jamais et pour me rendre à l’est, en plus.

Je tenais le relou de messenger informé de mes observations fines en temps réel. Il avait pas beaucoup d’humour, ce con là, j’ai mis du temps à me rendre compte que ce qu’il racontait c’était pas des blagues c’était sérieux et moi je rigolais comme une godasse. j’ai capté super tard quand il m’a sorti que mon zine de Sylvaine Téton c’était un « petit bijou de pudeur »  ou quelque chose du genre.

Je rigolais à ce qu’il me racontait alors que le gars c’était Télérama, quoi, c’est dire le niveau de ma dépression.
bref, il faisait moche et tout était moche quand j’ai déboulé à Stras’ comme on dit. J’avais fait un vague effort vestimentaire je crois (edit : en y repensant, je crois que non, j’étais tellement au fond du trou qu’un pnuk m’avait demandé à cette période « alors, tu traines avec des pnuks, toi ? » tant je devais avoir la dégaine d’un étudiant en socio !) Je suis finalement arrivé devant la salle où y’avait les entretiens et BIM je me fais troller d’entrée de jeu  que le sketch était pas encore officiellement commencé

Sur la porte de la salle d’entretiens d’embauche y’avait CA d’affiché, putain. J’étais donc déjà au bout de ma blase.
un gars est sorti de la salle au bout d’un moment, on s’est regardés du genre TIENS ON SE CONNAITRAIT PAS ? et en fait oui, de loin, c’est un landerneau comme les autres : minuscule et bourré de commérages.

On m’a donc invité à entrer pour passer à mon tour à la moulinette pour savoir si je suis apte à professer. J’ai empoigné mon sempiternel sac queshua avec un bout du pauvre cookie de la mie câline que je m’étais efforcé de manger en vain,   je suis entré et j’ai vu une graaaande table avec toute une brochettes de gens alignés comme pour un sitcom du banquet final d’Asterix mais en petit et sur des tables de CDI et sans les sangliers rôtis. Ha ouai. Bon. J’ai jeté mon sac assez brusquement sans faire exprès et j’ai déclaré en préambule « j’ai aucune idée de ce que je fous là » avant de me vautrer sur la chaise qui faisait face au jury de la starac.

vraiment mais qu’est ce que je foutais là ! c’est quoi cette brochette de merlans à me fixer ! y’a eu un petit moment de flottement, je sais pas quel merlan a décidé de se jeter à l’eau en m’expliquant que je venais passer un entretien d’embauche pour  être prof de l’édition et imprimassion en autodidactie de publication en limitation de série risographique et photoduplicative monochromiste. Ce à quoi j’ai répondu que j’avais pas trop envie d’être prof et qu’il allait donc falloir me convaincre que j’étais fait pour ça.

franchement, pourquoi me casser le cul à répondre sérieusement à un entretien d’embauche quand je savais pertinemment que j’aurais pas tenu 2h à me farcir des collègues et une hiérarchie n’en parlons même pas ? zéro raison,  et puis j’étais désormais tellement, mais tellement crevé que j’étais de toutes façons strictement incapable de jouer un rôle quelconque ou de faire semblant d’être un peu intéressé, j’avais perdu tous mes filtres. C’était bien marrant, j’ai eu droit pendant une heure à cette brochette de prof qui m’expliquait que vu mon parcours et ceci cela j’étais complètement fait pour expliquer à des étudiants comment qu’on fait de l’argent et une jolie carrière avec des fanzines.

tanxxx, linograveur pnuk DIY rémunéré par l’état, vous propose cette année :

module 1 : comment remplir son CV avec des rencontres distro de zines au Novo Local avec   Zifoulon Griffor 1666 les dimanches de GDB de lendemain de concerts à écouter la BO de Judgment Night sur K7 en essayant de boucler le zine qui trainasse depuis 42 mois déjà.
module 2 : comment bien faire carrière en calculant combien de shitbraü et combien de marmites de mafé faut prévoir pour le concert de 12 groupes de grind dans une cave de 30 personnes dont 29 rsastes qui auront pas mangé et un qui bosse à Ipsos.
exercice pratique : si Jean D-Bëat  avait  10 euros de sa vente de patchs découpés dans ses vieux slims, qu’il a pris la poche à 2 euros de frites à la boulange-béchamel des capus et qu’il a bu 3 shibraü à 1 balle et payé 3 à l’entrée prix libre, combien lui restera t-il pour son ricoré du lendemain ?
économie : combien de mégots seront nécessaires pour vous rouler 2 clopes sachant que un cinquième de la longueur du mégot est occupé par un filtre jaunasse et qu’il en faut 5 hors filtres pour une demi-clope ?

Bref. J’ai dit des tas de conneries, j’ai bien vu que y’avait un des profs que ça faisait rigoler (ouf, les étudiants ont au moins un marrant avec qui souffler). J’ai dit que j’aimais pas l’autorité, que pour moi ça avait pas plus de sens d’être élève que d’être prof, ce genre de truc ultra-subversif. Je me suis autodécerné une médaille quand au bout d’une heure à m’entendre convaincre que je serais trop super génial en prof d’autogestion de la merde vu que nous aussi on est trop super libertaires, le directeur himself m’a déclaré que « de toutes façons, depuis 68, y’a plus d’autorité dans les écoles d’art ». alors là, j’ai pas pu faire autrement qu’éclater de rire franchement, vraiment c’était pas croyable. J’ai expliqué qu’après être passé aux beaux arts les culs des meufs pourraient bien tenir des conférences gesticulées sur la question de l’autorité de ces connards de profs libidineux. Je sais plus comment j’ai dit ça cependant, il a pas eu l’air de trouver ça très pertinent ni urgent comme point à aborder, dommage.

Et voilà, le dirlo s’est contredit aussi sec pour dire oui ou bon en tous cas de toutes façons c’est une école ici donc faudra quand même suivre l’axe pédagogique de je sais pas quoi hin tu crois qu’on fait c’qu’on veut dans l’école post 68 libertaire  !!!!
J’en pouvais plus. Je suis ressorti hilare sans même savoir comment ça s’était fini, et j’ai raconté ça à l’antifasciste qui se disait anar. Il m’a dit « j’espère que tu t’es pas sabordé par dogmatisme » au lieu de se marrer putain !!

j’étais là, à ricaner comme un con et lui me sermonnait que j’étais dogmatique, lui l’anarchiss à soit disant kiffer le gros zbeul  (traduction pour les ploucs : il enfilait des lunettes de piscine pour aller aux manifs CGT)

Après ça le gars qui m’avait suggéré de postuler s’est mis à me causer super mal et très agressivement sur facebook  et totalement hors de propos et j’y comprenais rien encore vu que j’étais dans 12000 trucs à la con entre ma vie, ma dépression, la politique et bon bref tout qui partait grave en couille de partout quand même merde quoi et c’est qui ce gars qui me gueule dessus out of nowhere ?! encore un facho ou quoi ??

M’a fallu pas mal de temps avant de percuter que c’est parce qu’il avait super mal pris que je sois tanxxx à cet entretien alors qu’il voulait sortir  tanxxx du caniveau et que je suis quand même resté tanxxx dans le caniveau, quelle ingratitude !

je m’acharne à préférer être un gros crétin alors que j’aurais trop pu faire carrière dans la subversion et grave me faire chier, quelle buse !

un tish fait tout exprès pour moi

 

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