la fois où j’ai failli être prof parisien

ah ouai j’ai toujours pas raconté, ça. Ou alors si. je sais plus donc tant pis on y va, pasque y’a une pote qui me parlait d’entretien d’embauche ça m’y a fait penser :

En 2017 la france entière -que dis-je le monde !- pensait que j’étais au fond du trou quand j’ai signé mon Dicon chez Lapin, mais on avait encore rien vu.

(ne signez JAMAIS chez lapin. Sous AUCUN prétexte. Je suis sérieux.)

y’a eu la fois où sur une suggestion d’un gars sur facebook (prof là bas ? auteur ? je savais pas,j’ai jamais su) pour postuler pour un poste de prof de je sais plus quelle formule à rallonge genre « édition et imprimassion en autodidactie de publication en limitation de série risographique et photoduplicative monochromiste ».

J’avais trouvé ça déjà bien  bizarre qu’on me voit en prof, vu que j’étais surtout connu pour beugler sur des connards qui voulaient pas me payer entre deux recettes au beurre je voyais pas trop le rapport, et je comprenais rien  à l’intitulé du poste. Con comme une pelle, je pigeais pas que je distillais déjà mes savoirs (mdr) de ci de là à des abrutis sans scrupules qui grattaient des précisions sans arrêt et allaient refourguer mon zine gratos dans le cours d’une école du ministère pour lequel eux étaient payés ou qui allaient gratter leur place à Vice magazine ou qui allaient faire leur thune avec en faisaient raquer leurs propres potes pour des ateliers pourris dans des cuisine parisiennes de 50cm² où ils devaient  rembourser les nouilles du repas.

Paris ça rend con comme des pelles  au point de faire payer les nouilles à tes potes et j’exagère même pas. En plus celle qui faisait ça lisait que la moitié de mon zine -et encore- et fallait que je lui relise tous les mots très simples comme à un élève de CE1 mais en très con,  et elle faisait n’imp sauf qu’elle faisait n’imp en déclarant partout qu’elle avait fait l’école du Louvre pour s’autodécréter experte en linogravure. Je lui avais fait remarqué quelle genre de connasse c’était à me gratter mes trucs de DIY pour faire raquer ses propres potes pour bouffer des nouilles chez elle et elle comprenait pas. Elle trouvait ça tout à fait normal et que j’étais vraiment très très méchant. Apparemment y font tous ça dès qu’ils ont du pognon alors bon faut pas s’étonner qu’on soye autant dans la merde.

Bon. Bien fait pour ma gueule, m’a fait comprendre un énième connard d’artiste parisien qui faisait pareil  en cherchant quand même encore à me gratter autre chose des années plus tard (mon cul. c’est pas compliqué un artiste ou un gourou ou appelez ça comme vous voulez tant que ça a la tête de la taille d’une montgolfière ça cherche un cul, quoiqu’il arrive. Il appelle ça autrement, inspiration, amour, subversion, que sais-je encore parce que le cul, pour eux, ça peut être que dans le chiant. L’artiss y peut pas juste niquer et/ou te sucer le cerveau, nan, faut qu’il te sorte du concept vaseux sur des cartels pour dire qu’il est pas en train de fourrer sa vieille bite dans plus jeune, influençable ou branque du Q ou bien carrément tout ça à la fois.)

Bon lui c’était un très gros morceau il me reste encore en travers, passons,  j’y reviendrai dans 5 ans quand je devrais travailler en urgence pour le privilège luxueux de toucher 2.1 euro d’alloc logement sur un loyer de 476214 euros charges non comprises et que j’aurais que ça pour le procrastiner.

Donc bon prof aux arts décos de Strasbourg. Pour situer pour les non-initiés (veinards), c’est une école plutôt prestigieuse dans ces middeuls. enfin je crois. En tous cas dans les salons du livre tu peux prendre des trucs au crayon de couleur un peu arty poétique et et lâcher « ha oui !! je le-la connais iel était à  Stras »‘ !! » et être à peu près sûr de marquer des points de connoisseurs sans trop prendre de risque. sinon tu te rattrapes aux branches avec un « ha oui au temps pour moi, je confonds avec Brecht Evens ou peut être Gilles Rochier ». Si j’ai bien tout compris, et très probablement que non.

Je sais pas pourquoi j’ai donc envoyé une lettre de motivation et un CV. Une lettre où je racontais que j’aimais pas travailler et que j’aimais pas les profs et que je préfèrerais largement tout cramer. Le CV c’était celui que j’avais envoyé au CNL pour Velue, j’ai juste rajouter une ligne après 2014 ou je sais plus bon bref. Peut être que j’ai changé des mots enfin je sais plus même faire mes conneries c’était trop fatigant à ce moment  là je les faisais plus très bien, le naufrage de la vieillesse était déjà bien entamé.

« hihihi »

C’était mou, j’étais un peu amorphe mais c’est pas ma faute, j’ai des circonstances familiales atténuantes et moyennement inspirantes pour la rigolade. Publiquement du moins.
Ce qui est atroce quand on a mon genre d’humour, c’est qu’on est mega en verve (SI.) dans les circonstances les plus horribles et faut tout retenir. Les gens comprendraient pas, alors tu retiens tu retiens et tu finis par devenir Baladur qui fait du tish à messages pourri comme le mec dans Friends là (celui qui jouait dans Hot Shots ?? hin non ? bon je sais  plus) un jour et t’as rien vu venir et tu et t’as bien  bien l’air con et on se met à faire des livres pour raconter sa vie dont personne a rien à branler et Télérama va raconter que c’est « inspirant » ou bien « l’album de la maturité » ou bien que l’auteur cache sa très grande sensibilité derrière l’humour acide-mais-tendre ou je sais pas quoi encore comme connerie et paf on te colle à côté de D’Ormesson à la médiathèque de Bressuire et ça y est, t’as réussi ta vie.

Bref, mes vannes se cassaient dangereusement la gueule depuis l’âge d’or où j’envoyais des courriers hilarants (absolument.) à Carrouf pour me plaindre du goût altéré des croustis au fromage qui avait goût de petite boule à la tomate avec graphique à l’appui. (le goût tomate parasite en abscisse, mon level de déception en ordonnée). C’est une tradition familiale. On avait déjà l’habitude de faire d’interminables lettres pour nous plaindre que y’avait pas assez de beurre dans les chocolats de noël avec les tatas, j’ai fait que suivre mon éducation.

Rendez nous le RMI qui permettait la création de si belles et grandes choses, ceci est mon plaidoyer !!

J’étais parfaitement en droit de rater mes vannes selon la convention de genève, donc, je disais, et donc j’ai envoyé ma lettre de cul entre deux chaises avec mon CV un peu naze et je suis retourné illico à ma dépression au stylo 0,000002 entre deux messages de 12km d’antifascistes en mousse sur messenger qui me disait que fallait taper sur Machin qui était très certainement antisémite du cul ou de bidule qui m’a tout l’ai de faire de la resucée de l’Action Française de la bite. On sait rigolay dans la politique !!

Bref, j’ai déboulé à Paris genre 6 mois plus tard, dans  une sous-loc où j’ai commencé ma nouvelle vie d’artiste à la Capitale Culturelle comme il se doit : en chialant comme un veau que je savais pas du tout ce que je foutais là, avec Bubu qui braillait tout son saoul pour faire les choeurs.
Je sais plus quand j’ai reçu la lettre pour me convoquer à l’entretien, est-ce que c’était quand j’étais en train de peaufiner mon asthme en balayant l’appart bordelais entre deux planches à se flinguer d’ennui de Attembre, c’est possible. Toujours est-il que j’ai lu la lettre en sans comprendre rien vu que j’avais complètement oublié que j’avais postulé. J’ai emménagé le 1er avril (quel humour), l’entretien c’était le 2 ou le 3. J’étais donc au bout de ma vie, sous alimenté, en dépression sévère, en plein dans un bordel avec des gourous de partout sans le savoir, j’avais ce mec qui me faisait chier ad lib par messenger pour que j’aille attaquer machin ou bidule à sa place et moi je voulais juste faire des conneries drôles, plutôt, qui étaient pour beaucoup dans mon déménagement.

Con, je vous dit : je pensais que venir sur place ça calmerait les envies de guéguerre de ces militants pour plutôt enchainer sur des grosses vannes. Prétentieux ou naïf au point de croire que je pouvais rendre Paris rigolo, quoi. J’ai failli lamentablement à ma mission et je suis en passe de me faire contaminer (je lutte ardemment contre chaque jour qui passe), la preuve que l’entrisme ça marche JAMAIS.  Je suis donc allé à ce rendez vous le ventre vide et sans avoir trop trop dormi encore, j’étais à l’ouest comme jamais et pour me rendre à l’est, en plus.

Je tenais le relou de messenger informé de mes observations fines en temps réel. Il avait pas beaucoup d’humour, ce con là, j’ai mis du temps à me rendre compte que ce qu’il racontait c’était pas des blagues c’était sérieux et moi je rigolais comme une godasse. j’ai capté super tard quand il m’a sorti que mon zine de Sylvaine Téton c’était un « petit bijou de pudeur »  ou quelque chose du genre.

Je rigolais à ce qu’il me racontait alors que le gars c’était Télérama, quoi, c’est dire le niveau de ma dépression.
bref, il faisait moche et tout était moche quand j’ai déboulé à Stras’ comme on dit. J’avais fait un vague effort vestimentaire je crois (edit : en y repensant, je crois que non, j’étais tellement au fond du trou qu’un pnuk m’avait demandé à cette période « alors, tu traines avec des pnuks, toi ? » tant je devais avoir la dégaine d’un étudiant en socio !) Je suis finalement arrivé devant la salle où y’avait les entretiens et BIM je me fais troller d’entrée de jeu  que le sketch était pas encore officiellement commencé

Sur la porte de la salle d’entretiens d’embauche y’avait CA d’affiché, putain. J’étais donc déjà au bout de ma blase.
un gars est sorti de la salle au bout d’un moment, on s’est regardés du genre TIENS ON SE CONNAITRAIT PAS ? et en fait oui, de loin, c’est un landerneau comme les autres : minuscule et bourré de commérages.

On m’a donc invité à entrer pour passer à mon tour à la moulinette pour savoir si je suis apte à professer. J’ai empoigné mon sempiternel sac queshua avec un bout du pauvre cookie de la mie câline que je m’étais efforcé de manger en vain,   je suis entré et j’ai vu une graaaande table avec toute une brochettes de gens alignés comme pour un sitcom du banquet final d’Asterix mais en petit et sur des tables de CDI et sans les sangliers rôtis. Ha ouai. Bon. J’ai jeté mon sac assez brusquement sans faire exprès et j’ai déclaré en préambule « j’ai aucune idée de ce que je fous là » avant de me vautrer sur la chaise qui faisait face au jury de la starac.

vraiment mais qu’est ce que je foutais là ! c’est quoi cette brochette de merlans à me fixer ! y’a eu un petit moment de flottement, je sais pas quel merlan a décidé de se jeter à l’eau en m’expliquant que je venais passer un entretien d’embauche pour  être prof de l’édition et imprimassion en autodidactie de publication en limitation de série risographique et photoduplicative monochromiste. Ce à quoi j’ai répondu que j’avais pas trop envie d’être prof et qu’il allait donc falloir me convaincre que j’étais fait pour ça.

franchement, pourquoi me casser le cul à répondre sérieusement à un entretien d’embauche quand je savais pertinemment que j’aurais pas tenu 2h à me farcir des collègues et une hiérarchie n’en parlons même pas ? zéro raison,  et puis j’étais désormais tellement, mais tellement crevé que j’étais de toutes façons strictement incapable de jouer un rôle quelconque ou de faire semblant d’être un peu intéressé, j’avais perdu tous mes filtres. C’était bien marrant, j’ai eu droit pendant une heure à cette brochette de prof qui m’expliquait que vu mon parcours et ceci cela j’étais complètement fait pour expliquer à des étudiants comment qu’on fait de l’argent et une jolie carrière avec des fanzines.

tanxxx, linograveur pnuk DIY rémunéré par l’état, vous propose cette année :

module 1 : comment remplir son CV avec des rencontres distro de zines au Novo Local avec   Zifoulon Griffor 1666 les dimanches de GDB de lendemain de concerts à écouter la BO de Judgment Night sur K7 en essayant de boucler le zine qui trainasse depuis 42 mois déjà.
module 2 : comment bien faire carrière en calculant combien de shitbraü et combien de marmites de mafé faut prévoir pour le concert de 12 groupes de grind dans une cave de 30 personnes dont 29 rsastes qui auront pas mangé et un qui bosse à Ipsos.
exercice pratique : si Jean D-Bëat  avait  10 euros de sa vente de patchs découpés dans ses vieux slims, qu’il a pris la poche à 2 euros de frites à la boulange-béchamel des capus et qu’il a bu 3 shibraü à 1 balle et payé 3 à l’entrée prix libre, combien lui restera t-il pour son ricoré du lendemain ?
économie : combien de mégots seront nécessaires pour vous rouler 2 clopes sachant que un cinquième de la longueur du mégot est occupé par un filtre jaunasse et qu’il en faut 5 hors filtres pour une demi-clope ?

Bref. J’ai dit des tas de conneries, j’ai bien vu que y’avait un des profs que ça faisait rigoler (ouf, les étudiants ont au moins un marrant avec qui souffler). J’ai dit que j’aimais pas l’autorité, que pour moi ça avait pas plus de sens d’être élève que d’être prof, ce genre de truc ultra-subversif. Je me suis autodécerné une médaille quand au bout d’une heure à m’entendre convaincre que je serais trop super génial en prof d’autogestion de la merde vu que nous aussi on est trop super libertaires, le directeur himself m’a déclaré que « de toutes façons, depuis 68, y’a plus d’autorité dans les écoles d’art ». alors là, j’ai pas pu faire autrement qu’éclater de rire franchement, vraiment c’était pas croyable. J’ai expliqué qu’après être passé aux beaux arts les culs des meufs pourraient bien tenir des conférences gesticulées sur la question de l’autorité de ces connards de profs libidineux. Je sais plus comment j’ai dit ça cependant, il a pas eu l’air de trouver ça très pertinent ni urgent comme point à aborder, dommage.

Et voilà, le dirlo s’est contredit aussi sec pour dire oui ou bon en tous cas de toutes façons c’est une école ici donc faudra quand même suivre l’axe pédagogique de je sais pas quoi hin tu crois qu’on fait c’qu’on veut dans l’école post 68 libertaire  !!!!
J’en pouvais plus. Je suis ressorti hilare sans même savoir comment ça s’était fini, et j’ai raconté ça à l’antifasciste qui se disait anar. Il m’a dit « j’espère que tu t’es pas sabordé par dogmatisme » au lieu de se marrer putain !!

j’étais là, à ricaner comme un con et lui me sermonnait que j’étais dogmatique, lui l’anarchiss à soit disant kiffer le gros zbeul  (traduction pour les ploucs : il enfilait des lunettes de piscine pour aller aux manifs CGT)

Après ça le gars qui m’avait suggéré de postuler s’est mis à me causer super mal et très agressivement sur facebook  et totalement hors de propos et j’y comprenais rien encore vu que j’étais dans 12000 trucs à la con entre ma vie, ma dépression, la politique et bon bref tout qui partait grave en couille de partout quand même merde quoi et c’est qui ce gars qui me gueule dessus out of nowhere ?! encore un facho ou quoi ??

M’a fallu pas mal de temps avant de percuter que c’est parce qu’il avait super mal pris que je sois tanxxx à cet entretien alors qu’il voulait sortir  tanxxx du caniveau et que je suis quand même resté tanxxx dans le caniveau, quelle ingratitude !

je m’acharne à préférer être un gros crétin alors que j’aurais trop pu faire carrière dans la subversion et grave me faire chier, quelle buse !

un tish fait tout exprès pour moi

 

romance de janvier

le ciel était lumineux, le soleil donnait en plein, l’air froid s’était réchauffé, les soucis s’étaient envolés comme des corneilles de malheur dans la brume de la buée de la bouche dans l’air froid.

Je marchais guilleret, la sueur me dégoulinant sous mes 3 vestes, un sourire débile collé sur la face de là à là parce que je pensais à un truc débile, je sais plus quoi, j’attendais au feu de Jaurès en ricanant comme un débile des bagnoles à faire n’importe quoi dans la plus pure tradition traditionnelle de Jaurès, j’ai traversé avec la banane débile, et là mon regard de ravi de la crèche a croisé celui d’un gars, il a cru que je lui souriais comme un débile à lui, il a été ravi d’un coup, son visage s’est éclairé, il a sorti son plus beau sourire débile, on avait l’air débile tous les deux, ha que c’était beau, on pouvait plus faire autrement que rester comme ça jusqu’à ce que les deux parties se soient bien  éloignées, en tâchant de faire en sorte que le sourire débile apparaissant comme d’une parfaite normalité, il est passé avec son sourire débile, je suis passé avec mon sourire débile on avait juste l’air parfaitement débiles et voilà FIN.

 

comment être chic pour aller au chirurgien ?

 

hail, la Sëcü, how are you yau de pöëllë ?

J’ai été à un rendez-vous énervant avec un chirurgien pour me rencarder.

J’avais pris le rendez vous au pif après que mon médecin m’ait fait un courrier, et sans doute que j’avais encore la tête dans le cul en le prenant que ça m’étonnerait pas. J’étais censé aller en hosto, la flem de chercher plus loin quand j’ai vu le nom du chirurgien refilé par le médecin qui me suit, alors hop RDV pris dans son cabinet.

Ce médecin m’avait donné le nom d’un mec au top sur la question qu’il m’avait dit, un acharné à faire reconnaitre la Cause et tout le toutim. Le médecin qui me suit est un mec attentif aux questions militantes car il est humaniste quasi philosophiquement, tu vois, contrairement à moi qui suis vraiment très plouc à vouloir par exemple qu’on me foute la paix quand je jure comme un charretier parce que mon joint de culasse de Bic 2mm a encore pété, ou qu’on arrête de me demander ce que ça fait d’avoir des nibards pour dessiner ou faire du cheval à des gens qui ont du passer miraculeusement à côté de la pub Tampax on dirait bien.

Moi, con comme un pelle, j’ai vu le nom et je me suis dit que ça devait être pareil de le voir dans un cabinet juste l’adresse change, alors je me suis rendu au rendez vous assez impatient d’en finir avec ces conneries. Après avoir passé un temps dingue à trouver des sapes neutres sans tête de mort, sans trous, sans patch, dénués de clous, sans la moindre trace de badge, de peinture, d’encre, un futal qui soit pas un utilitaire informe, mon unique  veste normcore 2000, et paf un ciré vert camouflage chiant encore par dessus tout ce chiant car il fait encore un temps chiant, c’est doublement chiant, j’étais donc Vrai Homme Vrai.

exemple de t.shirt à éviter

exemple de t.shirt à proscrire

J’ai déboulé à l’adresse indiquée dans une cour privatisée d’un recoin très calme du 11ème arrondissement parisien (t’as remarqué comme les parisiens précisent pas parisien après arrondissement ? c’est les mêmes qui tombent des nues quand ils découvrent que y’a un métro à toulouse, des arrondissements à lyon et le Confort Moderne à poitiers, avec l’eau courant et tout)

Ouai je me déguisais désormais pour tout contact avec la vraie société sérieuse avec des PEL et tout le bordel parce que j’étais saoulé à mort après m’être mangé de la merde à me radiner sapé comme d’hab, comme au collège. Dans cette ville, ils ont jamais vu un pnuk de leur vie sauf devant le franprix à faire la manche, ils ont jamais vu de queer qui taffe parce qu’il lui faut des sous et pas pour faire avancer une cause en allant babiller qu’on est gentil à des navets plein de blé qui iront faire du tourisme sexuel chez les « bizarres », et ils ont jamais vu de zineux non plus. C’est vraiment trop crevant de se retrouver à brailler systématiquement, j’en ai plein le cul. Donc je sortais en chiant intégral pour ces rendez vous chiants.

Ma patience à expliquer que l’eau mouille et se justifier pour tout et n’imp était déjà pas bien grande et ça va s’amenuisant. Et qu’on les envoie, ces têtes de rutabagas,  négocier des locations d’apparts miteux avec zéro garantie même dans leurs sapes de gros winners à aller te donner du conseil relooking pole emploi qu’on rigole nous aussi, merde quoi y’a pas de raison !

Je me suis grouillé et mon ciré a profité pour transitionner en hutte de sudation. J’ai pris un air de quelqu’un qui a un filofax en fin cuir d’agneau dans son sac queshua premier prix quand je suis entré : luxe, calme et volupté m’ont cueilli là où je m’étais imaginé une salle d’attente blindax de pnuks mal fagotés.

Une gentille et belle secrétaire et gracieuse et usant aussitôt du bon pronom que j’ai écrit mon prénom d’adoption (c’est MUSCULATOR pour info) m’a indiqué la grande salle d’attente après m’avoir pris ma carte bitale, je me suis retrouvé à devoir choisir entre 52 canapés en cuir et chaises design vides avec mon ciré qui dégoutait de partout. J’ai donc roulé l’intégralité de mes vestes (il fait très chaud chez les chirurgiens bienveillants) en gros burrito et me suis vautré assis élégamment dans du cuir pour profiter du calme. Mes collants thermo sous mon futal me faisaient suer la raie, j’ai gardé mon air détaché et responsable du mec qui a jamais pété de sa vie.

Des revues de street-art sur la table (au lieu des traditionnels Closer et des Valeurs Actuelles), un tableau de Miss Tik (à la place de la traditionnelle repro de Matisse ou de la peinture à l’huile de poivrons ou de tournesols), une statue bien mise en valeur dans une alcôve avec les fesses dorées (la statue, pas l’alcôve)(à la place de la caisse pleine de jouets à moitié déglingués dont l’évident Arbre Magique et son ascenseur éternellement coincé)(toujours à la place de la statue, pas de l’alcôve)(suivez attentivement, SVP).

La meuf qui remplace le chirurgien m’accueille avec une bienveillance appuyée et du sourire en veux tu en voilà de la dent blanche et pleine de vitalité, me donne du monsieur, et gnagnagni et me guide dans un long couloir avec des angles de partout où des skates de street-artist sont éclairés avec goût pour mettre en valeur des fois qu’on aurait pas bien remarqué toute cette déco. On dirait que c’est d’un mec qui faisait des artoyz y’a 20 ans, le genre de truc que je voyais sur le forum de gigposters et sur flickr ? je sais plus. Je me retiens de beugler que j’avais la première démo K7 avant que ce soye mainstream.

salle d’attente

J’ai balancé mon burrito de vestes sur la chaise confortable supplémentaire. Elle a pris le temps de m’expliquer tout, en détails, dans son cabinet où j’avais juste encore de faire une sieste.
Même la bouteille de liquide hydroalcoolique avait l’air de me mater en biais avec sa façon d’être en cristal de je sais pas quoi, avec un motif géométrique fin et sobre gnagnagna. je note que son ordinateur c’est pas un Lenovo trouvé dans un bazar de l’avenue de flandres et qu’ils a aucun sticker STÏCKER de traviole dessus. Son élégant bureau ovale en bois d’arbre mystérieux est plus grand que ma salle de bain. Une grande image au mur représente une jeune femme bien en chair en train de faire un show burlesque avec des pompons sur les seins. Peut-être un flyer underground vintage, de l’ère post-Suicide Girls.

Elle demande mon consentement à m’ausculter les nichons, redemande mon consentement pour les palper, redemande encore pour les palper mais dans l’autre sens. Des fois que je voudrait bien qu’on me les tripote dans ce sens mais pas dans l’autre, jsp peut être elle a cru qu’on était au pieu à nous susurrer nos kinks ? je me demande si ils sont pas de sérieux problèmes d’audition chez les safe. Je me demande comment ils opèrent si on consent pas à se faire toucher. Doit y avoir de la air-chirurgie comme de la air-guitar en école de médecine maintenant, encore un mystère à éclaircir. Je précise des fois que y’aurait des non-comprenants que je trouve ça BIEN NORMAL qu’on demande le consentement hin. Juste bon je suis passé de yolo vazy qu’on te fourre le spéculum à -50° sans prévenir et sans prendre de précaution à demander 666 fois si on peut m’effleurer de loin, sans qu’on me laisse trop de temps pour m’adapter. C’est BIZARRE.

Évidemment, mon air détaché pour pas trahir la présence de leggings thermo moches tout pelucheux a pas été super utile vu que ça dépasse de mon futal jusqu’au milieu du bide et que j’ai du retirer mon haut et ma brassière premier prix qui aplatit que vaguement. Astuce : je dis que j’ai les énormes pecs de The Rock. Faut que la sémantique serve un peu à autre chose qu’aller casser les couilles en discussion autogérée après tout. Et bon, bref : j’ai eu l’air un peu crédible environ 10mn, ce qui n’est déjà pas si mal.

J’ai salué intérieurement l’imperturbabilité de la chirurgienne remplaçante qui a pas fait de grimace devant cette indéniable preuve que je me déplace en métro ou pire : à pied. elle m’a demandé ce que je fais dans la vie, j’ai dit « auteur… artiste… gravure, BD, dessin enfin un peu de tout quoi grmllmlll ». J’ai pas été raconter que je fous rien je sais pas pourquoi, on est à paris, les oisifs qui font de la chirurgie pour passer le temps ça doit courir les rues ? je sais pas.
Évidemment elle a pas trouvé surprenant que je soye artiste (?) et elle a enchainé sur l’arrêt maladie qu’il faudrait prendre, dude on a pas de maladies dans ces boulots que j’ai répondu sans même enchainer sur ces gros bâtards du SNAC obsédés par la TVA,  car je m’en branle autant du SNAC que le SNAC peut se branler des crevards même pas professionnels, c’est d’une belle entente commune harmonieuse. « ha oui, oui, vous êtes libéral » elle me dit
avec un air à me donner du CAMARADE. Satan ce qu’il faut avoir de self-control je vous jure.

street-art dans mon vaste bureau de professionnel  libéral.

 

Bref. Ceci cela de trucs sur l’opération, que je détaille pas parce que c’est des trucs techniques  et j’ai pas de remarque désobligeantes à faire dessus. C’est reposant, la mécanique.

La meuf m’a demandé si je voulais payer les 120 putain de balles de la consultation « en carte ou en espèces » comme si j’avais 120 putain de balles en biftons sur moi en permanence et comme si j’avais 120 putain de balles pour ces conneries tout court. Je suis con : j’avais pas pensé à ça, je me crois encore dans le poitou en 1985 faut croire. Bon, merci le CNL, je peux raquer en me convaincant vaguement que ça nourrira un récit poignant.

Je tends donc ma carte en gardant ma poker face, le legging thermo sous le jeans en fait c’est parce que je vais graffer dans des friches après avoir demandé une autorisation pour qu’on m’ouvre la porte et pour pas me déchirer mon pantalon en denim custom sur le grillage, et pas me faire gronder par la maréchaussée avant de rejoindre mon squat artistique avec bail signé avec la mairie, tsais.

La meuf me tend une belle chemise cartonnée glacée avec un joli logo « paris translucide » en couleurs pastel et un symbole de l’infini et tout ça m’exaspère évidemment. Dedans y’a un récap des trucs de l’opération, la lettre de consentement et le devis. Je lui dis merci, je salue mais je suis pas bien sûr d’avoir bien gardé ma poker face jusqu’au bout je sens un froncement au niveau de la zone inter-sourcilière qui était pas très prévu. Je me hâte donc de m’échapper de là pour ouvrir la chemise juste devant le cabinet en lâchant un « ah ouaaai putain de merde ben allez bien vous faire foutre nan ?!! » avant de niquer la belle chemise glacée en la fourrant dans mon sac queshua de merde.

4200 balles de dépassements d’honoraires. Ca se mouche pas du coude chez les inclusifs. Un pote qui le connaissait m’a dit que ce con a doublé ses prix en 5 ans… miam miam les complexes alimentés de ci de là dans la folle ambiance qui défoule bien un sacré paquet de gros connards !! j’appelle ça un GROS BÂTARD moi. Je vais donc plutôt me rencarder sur la greffe de rayon lasers dans les nichons remboursée par la sécu.

et je suis rentré chez moi, ronchonnant et bizarrement soulagé d’un truc, sans doute juste un mega FUUUUUUUUUCK libératoire, pour constater que ma pompe qui avait pris très vite l’eau en sortant c’était pas vraiment un message subliminal pour m’annoncer la journée en fait :

zut

heureusement, je suppose que c’était mon 6ème sens qui m’avait fait investir dans des nouvelles et élégantes chaussures de ville.

cette image fait 666 pixels de largeur. Coïncidence ? non : c’est moi qui ait demandé à photoshop de la réduire à 666 pixels de largeur. Stupéfiant.

 Me voilà donc à me refaire une séance d’HP autogéré (Malcolm-chips) parce que c’est pas Satan possible de devenir aussi CHIANT jusqu’à s’habiller normalement pour allez chez des cons et ronchonner comme ça, bordel de merde ! faut y remédier fissa avant le drame !

 

 

le chauffeur de bus de l’angoisse

Tiens pourquoi je raconte plus ces conneries de pauvre un peu énervé là, je disais à une pote alors qu’on bavardait bien tranquillement sur nos vilaines habitudes de pauvres énervés au lieu de travailler pour être moins pauvres et énervés comme tout le monde. C’est vrai ça, ça fait longtemps qu’on a pas eu d’histoire de vigile ou de travailleur amoureux de sa boite, qu’est-ce qu’il se passe t’es devenu sage ou bien ? Ouf non car la dernière en date, c’était juste hier soir :

Donc je rentrais d’un concert. Jme suis dit attends vazy prends un bus, c’est pratique le bus quand on veut pas trop marcher et qu’on a la flemme de sauter un portique (surtout si on se pète systématiquement les genoux ou qu’on trouve ça fun de le tenter toujours quand y’a un troupeau de contrôleurs juste derrière, par exemple). Je sais plus où on prend le bus, et j’ai vu 3 bières, forcément je me retrouve là où les bus atterrissent et pas là où ils décollent. Bon. Je vois le bon bus, je m’apprête à monter dedans mais le chauffeur m’arrête avec un air qui me laisse pas trop espérer un Werthers original en cadeau de bienvenue :
-woh non non là c’est où les bus atterrissent faut aller plus loin pour prendre le bus

Plus loin, c’est à dire à 10m, c’est à dire que le gars reste dedans son véhicule, moi je ahane pour aller 10m plus loin, et le gars avance son véhicule sur ces 10m  où y’a rien de tout et ouvre les portes de son véhicule et dit bonsoir madame et moi je m’énerve. Donc je trouve tout ça parfaitement con, parce que c’est parfaitement con, alors je m’énerve.

-mais enfin il est là le bus c’est débile j’ai mal aux pattes (j’ai 48 ans bientôt, à envisager le tabouret portatif pour mes prochains pogos) je pourrais me poser, ça change que dalle

-nan c’est pas comme ça qu’on fait
-mais c’est totalement con
-c’est moi que tu traites de con
-non je dis que c’est con, c’est ta mère la RATP ou quoi qu’est ce que tu t’en fous
-wolaaaa le gars prend un air très méchant (il fronce les sourcils. je suis teubé mais j’apprends vite en observant)
bon j’insiste pas, je soupire  je fais 10m en grommelant et je rentre dans le bus mais tout ça me parait tellement stupide que bon encore une fois je peux pas m’empêcher de dire que je trouve ça très stupide (car ça l’est, bon sang de bois ! on m’a jamais cassé les couilles comme ça en prenant l’unique bus pour aller m’emmerder à Cerizay bon sang !)

-bonsoir voilà bravo super, 10m plus loin, y’a personne, bonjour le sketch
-quoi ?!
-bah oui oui c’est totalement bête ton truc, déso hin, mais je vois pas du tout ce que ça change à part satisfaire une envie de faire chier y’a PAS UN CHAT là

je scrolle mon téléphone en grommelant sur mon siège dans ce putain de bus vide et j’entends le gars appeler ses collègues pour geindre que y’a une méchante fille (? ça doit être moi je suppose vu que y’a personne d’autre) dans le bus « et même qu’elle m’a traité de connard ». Hou le vilain rapporteur ouuuh fayot fayot ! dommage j’ai pas de Bic pour envoyer des boulettes mâchouillées (penser à faire un petit kit d’urgence au cas où)

-non mais qu’est-ce que tu fais là, à appeler tes collègues ?
-…oui oui là elle continue…. oui là elle me demande ce que je fais oui

Bordel mais il va nous pondre une tribune dans le figaro si ça continue, ce con.
je me lève, passablement énervé, je me plante devant lui en sachant pas trop ce que je vais faire et je me plante devant lui qui appelle ses cons de collègues
– c’est quoi ça t’appelles les secours ?! c’est quoi ce délire ?

Le mec me regarde même pas, courageux comme un CRS en robe de gala intégrale et continue de chouiner dans les jupes de sa maman dans son téléphone. C’est marrant le téléphone interne des bus, on dirait un pot en forme de feuille de salade en céramique chiné au Bon Coin qu’on aurait planté en plein futuroscop- j’ai pensé brièvement et puis j’ai embrayé :

-okay bon ben je me casse en fait moi, allez, salut connard

et je me barre de son putain de bus.  Il prend un air totalement surpris d’un  coup et me lance

– quoi tu te barres ?!
– ben oui hin je suis pas maso

et je me taille comme un prince en lui dressant mon majeur par dessus l’épaule, genre sans même me retourner rien, tsais, clint eatswood, minimum, si clint portait son perf STAY PNUK et supportait plus trop la bière. On est en plein Mad Max mais écrit par Kevin Costner (en fait ça existe déjà, ça s’appelle Waterworld et il est super)

j’allais dire : FIN. mais voilà en fait ça m’a frappé en racontant à ma pote : c’est ma foutue malédiction qui continue encore et encore. Le mec fait partie de cette espèce particulière qui pense qu’on « rigole ensemble » à pas avoir l’air de piger sa place dans son petit jeu de merde qu’il a mis au point tout seul dans sa caboche sans m’en informer. Peut être que ce genre de gars s’imagine que je râle dans ces cas là pour passer le temps ou parce que j’adore ça, moi, m’engueuler avec des cons, va savoir.

Ça m’a rappelé une fois où je passais les portiques avant de prendre un avion y’a des années, j’avais oublié ce truc dans mes superbes histoires du genre. Le mec de la sécu qui décidait si tu pouvais passer ou pas était évidemment gigantesque avec une tête à rigoler quand il se crame et alors que je pensais passer pépouze pour aller poireauter avec le reste du bétail des vols low-cost. Le mec avait commencé à me chercher des poux à propos de mon tish Chambre Froide. Il me posait des tas de questions et ça a duré, duré, tant et si bien qu’au bout d’un moment je me suis dit mais bordel tu vas voir que je vais pas pouvoir embarquer à cause d’un putain de tish de black metal bordelais elle est bien bonne celle-là et que je vais rater mon stand et que je vais pas vendre 2 gravures et que je vais manger les nouilles sans beurre c’est un putain de DRAME. Bref, la panique montait dangereusement j’ai commencé à renvoyer chier (avec précaution quand même) le gros gars à lui demander pourquoi mon tish l’intéressait autant et si y’avait un putain de dress-code sur Poucrave-Airline et que j’aurais manqué l’info (ça m’aurait même pas étonné). Le mec a pris le même air surpris que chauffeur de bus amoureux de la RATP et il m’a dit d’un coup « ah mais je rigolais ! ». Ahuri, je lui ai démontré que l’eau mouille en 3 étapes :

1/ je suis pas ton pote
2/ tu peux choisir qui embarque ou pas

3/ on fait pas de réflexions sur mes sapes sauf pour s’exclamer que je suis splendide putain de merde*

Voilà, fin, allez bye j’ai des chips à baffrer devant friends pour toujours pas faire fortune

*traduction simultanées du regard « je te fusille » qui fit ma réputation dans toute l’édition.