On nous bassine que le foie gras, c’est difficile à faire soi même. Ouais, c’est ça ouais. Je commence à croire que c’est uniquement pour nous faire acheter le foie déjà cuisiné, qu’on vend le double ou le triple du foie frais, pour que ça reste strictement un truc de riche, alors que finalement c’est juste un truc de mi-riche. Cette semaine, j’ai pété mon budget et me suis offert un foie frais extra (20 boules à carrouf). Moultes recherches sur internet m’ont appris qu’il ne fallait pas prendre un foie trop gros pour qu’il soit bon, maximum 500gr. Sauf que j’en ai pas trouvé, le moins gros faisait 600gr, tant pis, allons-y. 100gr en plus ne vont pas me tuer, hin.
N’ayant jamais cuisiné le foie gras de ma vie, je stresse comme au bachot. Je me jette à l’eau, me disant que c’est comme au poker : si je perds, ce n’est pas grave, j’aurai appris de mes erreurs. Alors je commence à charcuter le foie pour le dénerver, là encore j’avais pris conseil, et pas des plus pourris. Bon, mon foie fait un peu pitié après la délicate opération, tout éparpillé en tout petits morceaux façon puzzle, comme dirait l’autre. J’ai les mains hydratées pour 3 semaines -le canard gras c’est mieux que nivea- et il ne reste qu’à faire baigner le foie dans de l’eau glacée pour finir de le nettoyer, le temps de chercher la bonne recette de marinade en fumant 10 clopes.
1/2 heure de trempage et un cancer des poumons plus tard, j’éponge mes morceaux de foie, et les mets à mariner dans un mélange de 2 C à S de cognac, 1 C à C de sel et une de sucre, et d’un peu de poivre. Pendant les 2 heures de marinade, je fignole ma théorie de la cuisson de foie gras à la Léautey. Mon four pourri ne descend bien évidemment en dessous de 100°C, ce con fait tout pour me faire chier. Tant pis, je prends le risque : je préchauffe le four à 100°C, et dans un plat en pyrex, je dispose mes morceaux de foie, et je pose par dessus 2 feuilles d’alu pour atténuer la chaleur du four, et c’est parti pour 20 mn de cuisson (au lieu des 25 mn à 90°C)
Au bout de 20 mn, je suis à deux doigts de me pisser dessus, est-ce trop cuit, est-ce cru, j’en sais rien mais ce site m’apprend que même si il est flasque et a l’air cru, le foie est bel et bien cuit, si, si.
Y’a plus qu’à le mettre dans une terrine méthode tetris, hop du papier sulfurisé par dessus, un poids pour tasser tout ça (genre brique de lait), et c’est parti pour une longue épreuve de patience de 3 jours. Je verse par dessus le gras clair fondu pendant la cuisson que j’ai pris soin de réserver.
Là , je ne sais absolument pas à quoi m’en tenir, ce 3ème jour. Eh ben croyez moi ou non, mais il est réussi. Enfin, pas raté. Je dois encore voir pour améliorer la marinade, mais le défi de la cuisson est réussi.
Donc même avec un four pourri et zéro expérience, le pouilleux peut se payer le luxe d’une orgie de foie gras et emmerder les riches, ce qui n’a pas de prix.
